Histoire

Panhard : la doyenne oubliée qui inventa l'automobile

7 juillet 2026 · 6 min de lecture
Panhard : la doyenne oubliée qui inventa l'automobile
Photo Arnaud 25 / Wikimedia Commons (CC0)

Demandez autour de vous quelle est la plus ancienne marque automobile encore inscrite dans l'histoire, et vous entendrez sans doute Mercedes, Peugeot ou Renault. La vraie réponse est ailleurs, et elle a un parfum de France oubliée : Panhard. Née en 1887, la maison parisienne n'a pas seulement fabriqué des voitures — elle a inventé la façon dont on les construit. Puis elle a dominé les premières courses, imposé un art de la légèreté qui fait encore référence, avant de s'effacer discrètement en 1967. L'histoire d'une pionnière qui mérite bien mieux que l'oubli.

1887 : aux sources mêmes de l'automobile

À l'origine, Panhard n'est pas un constructeur d'automobiles mais une entreprise de machines à bois, fondée par René Panhard et son associé. Tout bascule lorsque Émile Levassor rejoint l'aventure et met la main, en 1887, sur une licence des moteurs à essence de Gottlieb Daimler. La maison prend le nom de Panhard et Levassor et assemble ses premières automobiles au tout début des années 1890. Nous sommes alors aux balbutiements du genre : la voiture est une curiosité de riches passionnés, un assemblage hasardeux de mécaniques encore mal dégrossies.

C'est là que Panhard entre dans la légende. En 1891, Levassor met au point ce qu'on appellera le « Système Panhard » : le moteur à l'avant, un embrayage, une boîte de vitesses, puis la transmission aux roues arrière. Cette disposition, évidente aujourd'hui, ne l'était pas du tout à l'époque — et elle deviendra l'architecture de référence de l'automobile pendant près d'un siècle. Rien que ça. Quand une voiture thermique classique dispose encore son moteur à l'avant, elle rend hommage, sans le savoir, au génie d'un ingénieur français de 1891.

Les premières victoires de l'histoire de la course

Panhard ne se contente pas de théoriser : la marque prouve ses idées sur la route. En 1895, Émile Levassor s'élance sur la course Paris-Bordeaux-Paris, soit près de 1 200 km d'un seul tenant sur les routes défoncées de l'époque. Il franchit la ligne le premier après une cavalcade de près de 48 heures, seul au volant. C'est l'une des toutes premières grandes victoires de l'histoire du sport automobile, et elle porte les couleurs de Panhard.

Le nom de la marque s'inscrira durablement dans le vocabulaire technique : la « barre Panhard », cette biellette de suspension qui guide un essieu latéralement, est encore utilisée aujourd'hui sur quantité de véhicules. Peu de constructeurs peuvent se targuer d'avoir laissé leur nom à une pièce mécanique universelle.

L'entre-deux-guerres : l'audace du luxe

Dans les années 1920 et 1930, Panhard monte en gamme et cultive le raffinement. La marque adopte les moteurs sans soupapes (à fourreaux coulissants, sous licence Knight), réputés pour leur douceur et leur silence — un argument de prestige à une époque où la mécanique restait rugueuse. Panhard s'illustre aussi sur les anneaux de vitesse, battant des records qui font la fierté de l'industrie française.

Le sommet de cette période porte un nom : la Panhard Dynamic, présentée en 1936. Cette berline Art déco est un festival d'audace : carrosserie aérodynamique aux ailes carénées, phares intégrés, et surtout une étonnante position de conduite centrale, le conducteur trônant au milieu de la banquette avant. Trop excentrique pour son époque, la Dynamic n'a pas connu le succès commercial qu'elle méritait, mais elle reste l'un des objets roulants les plus fascinants de son temps.

L'après-guerre : le génie de la légèreté

La Seconde Guerre mondiale rebat les cartes de l'industrie française. Dans le cadre de la réorganisation d'après-guerre, Panhard hérite du créneau des petites voitures économiques — un virage à 180 degrés pour l'ancien constructeur de luxe. Loin de subir ce changement, la marque va y exceller grâce à une obsession : la légèreté.

La Dyna X (1948) donne le ton. Dessinée autour des principes de l'ingénieur Jean-Albert Grégoire, elle marie une carrosserie en aluminium à un petit bicylindre à plat refroidi par air. Le résultat est une voiture d'une frugalité remarquable, capable d'emmener quatre personnes avec une poignée de chevaux. La Dyna Z (1954) pousse la logique plus loin : profil aérodynamique, habitacle spacieux pour six occupants, poids plume et vitesse de pointe étonnante pour la cylindrée. Panhard démontre qu'avec de l'intelligence mécanique, on peut faire beaucoup avec peu — une leçon d'une modernité saisissante à l'heure de la sobriété énergétique.

Cette philosophie fait merveille en compétition. Associés aux petits bicylindres Panhard, des artisans comme DB (Deutsch et Bonnet) raflent année après année l'Indice de performance aux 24 Heures du Mans, ce classement qui récompense l'efficience plutôt que la puissance brute. Sur les circuits comme sur la route, Panhard est le roi du rendement.

La 24, un chant du cygne magnifique

À la fin des années 1950, la PL 17 prend la relève de la Dyna Z et s'illustre brillamment en rallye, remportant même le Rallye Monte-Carlo 1961. Mais c'est un coupé qui offrira à Panhard sa plus belle sortie : la Panhard 24, lancée en 1963. Avec sa ligne basse et tendue, ses phares sous bandeau de plexiglas et son élégance intemporelle, elle reste l'une des plus jolies françaises de la décennie. Sous le capot, toujours le fidèle bicylindre à plat, gage de légèreté et de faible consommation.

La 24 est une réussite esthétique totale. Mais elle arrive à un moment où Panhard n'est plus tout à fait maître de son destin.

L'absorption par Citroën — et une seconde vie inattendue

Depuis 1955, Citroën était monté progressivement au capital de Panhard, utilisant notamment le réseau commercial et les usines de la marque. En 1965, le double chevron en prend le contrôle total. La logique industrielle est implacable : les deux gammes finissent par se concurrencer, et la petite Panhard, malgré ses qualités, ne pèse pas lourd face aux volumes de Citroën. La production automobile de Panhard s'arrête en 1967, la dernière 24 quittant les chaînes cet été-là. Une page se tourne, sans fracas.

Mais contrairement à bien d'autres marques disparues, Panhard ne s'éteint pas vraiment. Son nom se perpétue dans un tout autre domaine : celui des véhicules militaires, où la marque excellait déjà (automitrailleuses, engins blindés légers). Cette branche défense poursuivra sa route pendant des décennies, faisant vivre le nom Panhard bien après l'arrêt des voitures particulières. La doyenne de l'automobile a changé de terrain de jeu plutôt que de rendre les armes.

Un héritage gravé dans chaque voiture

Que reste-t-il de Panhard aujourd'hui ? Bien plus qu'on ne le croit. L'architecture moteur-avant qui a structuré l'automobile pendant un siècle, la barre de suspension qui porte son nom, un palmarès de pionnier en course, et surtout cette idée que la performance naît d'abord de la légèreté et de l'intelligence — une philosophie que redécouvrent aujourd'hui les constructeurs à l'heure de l'efficience. Panhard n'a peut-être plus de voiture au catalogue depuis longtemps, mais son empreinte est partout, discrète et essentielle. Une belle raison de ne pas oublier la plus ancienne marque automobile du monde. Retrouvez les brochures d'époque de Panhard à consulter et télécharger gratuitement sur Brochure Auto.

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Sources
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Panhard
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Panhard
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Panhard_Dyna_Z
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Panhard_24
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Panhard_PL_17
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Panhard_et_Levassor
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