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Saab 900 : la berline dessinée par des constructeurs d'avions

14 juillet 2026 · 4 min de lecture
Saab 900 : la berline dessinée par des constructeurs d'avions
© Calreyn88 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Ouvrez la portière d'une Saab 900 et cherchez la clé de contact. Elle n'est pas sur la colonne de direction : elle est posée au sol, entre les deux sièges avant. Ce détail, qui a désarçonné des générations d'essayeurs, résume assez bien la marque suédoise. Chez Saab, on ne faisait pas différemment pour se distinguer — on faisait différemment parce que les ingénieurs, venus d'un tout autre univers, n'avaient tout simplement pas les mêmes réflexes.

Quand un avionneur se met à l'automobile

Svenska Aeroplan Aktiebolaget naît en avril 1937 pour construire des avions militaires. La guerre terminée, le carnet de commandes se vide, et il faut trouver autre chose à faire des usines et des ingénieurs. En juin 1945, un budget est débloqué pour un projet automobile confié à une équipe minuscule : une quinzaine de personnes, emmenées par l'ingénieur Gunnar Ljungström et le designer Sixten Sason.

Aucun d'eux ne vient de l'automobile. Le résultat s'en ressent immédiatement : le prototype de 1947, resté célèbre sous le surnom d'« Ursaab », affiche une carrosserie profilée comme une aile. La Saab 92 de série, commercialisée en décembre 1949, revendique un coefficient de traînée de 0,30 — un record absolu à l'époque, à une période où l'immense majorité des berlines empilaient encore les angles droits. La caisse est emboutie d'une seule pièce par une presse géante. Nous sommes en 1949, et Saab pense déjà comme un aérodynamicien.

1978 : la 900 entre en scène

Présentée le 12 mai 1978, la 900 dérive de la 99 mais allonge le porte-à-faux avant pour gagner en habitabilité et en sécurité. Elle reprend l'architecture maison, singulière jusqu'au bout : moteur longitudinal incliné, boîte de vitesses logée sous le bloc, traction avant. Et surtout ce pare-brise fortement galbé, enveloppant, qui rappelle sans détour la verrière d'un cockpit.

L'habitacle suit la même logique fonctionnelle : sièges réputés parmi les meilleurs d'Europe, chauffants avant tout le monde, ventilation soignée, commandes disposées pour être manœuvrées avec des gants — un héritage direct des hivers scandinaves et des habitudes de l'aéronautique. On ne cherchait pas à impressionner le client au premier coup d'œil, mais à ne pas le fatiguer au bout de six heures de route.

Le turbo, apprivoisé avant les autres

C'est pourtant sous le capot que Saab a laissé sa marque la plus durable. Dès 1977, la 99 Turbo avait introduit la suralimentation sur une berline familiale ordinaire, à une époque où le turbo restait l'apanage des voitures de course et de quelques supercars. La 900 hérite de cette technologie et la démocratise pour de bon.

Le vrai tour de force arrive au début des années 1980 avec un système de contrôle du cliquetis maison, capable d'ajuster la pression de suralimentation en fonction du carburant et des conditions. Traduction pour le conducteur : un turbo enfin docile, exploitable au quotidien, sans le temps de réponse brutal qui rendait les premières générations si délicates. La 900 Turbo 16, apparue en 1984, devient la référence — rapide, sûre, et discrète.

Les chiffres d'une réussite discrète

Le succès est réel. L'année 1984 marque le sommet avec 88 188 exemplaires produits, et au total plus de 900 000 « 900 classiques » sortiront des chaînes — de très loin le plus gros succès commercial de la marque. Le cabriolet, lancé en 1986, devient un phénomène à lui seul et prolonge la carrière du modèle bien au-delà des prévisions.

Le cabriolet cache d'ailleurs une particularité méconnue : il n'a jamais été assemblé en Suède. Saab en confie la fabrication à Valmet, à Uusikaupunki, en Finlande, où les premiers exemplaires sortent au printemps 1986 — à raison de 400 unités seulement pour la première année. L'usine finlandaise assemblera ensuite tous les cabriolets de la marque pendant près de vingt ans. Une suédoise décapotée en Finlande : toute la logique industrielle de l'Europe du Nord tient dans cette anecdote.

La production de la 900 classique s'achève le 26 mars 1993, le cabriolet poursuivant encore quelques mois. Une seconde génération lui succède sur une base technique partagée, plus conventionnelle. Saab Automobile s'éteindra en 2011, après plusieurs changements d'actionnaires ; mais la marque conserve aujourd'hui encore l'un des clubs de passionnés les plus actifs d'Europe, de la Suède aux Pays-Bas en passant par l'Allemagne, la Belgique et la France.

La Saab 900 n'a jamais été la plus vendue ni la plus rapide de sa catégorie. Elle était simplement conçue par des gens qui se posaient d'autres questions — et c'est exactement pour cela qu'on la collectionne aujourd'hui.

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Sources
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Saab_900
  • https://www.saabmuseum.com/900/my.html
  • https://www.hagerty.co.uk/articles/buying-guide-saab-900-turbo-1979-1993/
  • https://www.carjager.com/en/blog/article/saab-92-mere-de-toutes-les-saab.html
  • https://www.moniteurautomobile.be/actu-auto/nostalgie/saab-avions.html
  • https://www.saabplanet.com/444-000-saab-900-cars-from-valmet/
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