Il y a encore cinq ans, Xiaomi était surtout connu pour ses téléphones à petits prix et ses ventilateurs connectés. Aujourd’hui, la marque fondée par Lei Jun produit des berlines qui tutoient les hypercars au Nürburgring et fascine le patron de Ford au point qu’il refuse de rendre sa voiture de prêt. Bienvenue dans l’ère Xiaomi Auto.
L’histoire commence à Pékin en janvier 2021, dans une salle de réunion d’urgence. Xiaomi vient d’être placé sur liste noire par les États-Unis, menaçant son activité principale dans les smartphones. Dans ce contexte de crise, la question surgit : que deviendront les 30 000 à 40 000 employés si le business mobile s’effondre ? La réponse de Lei Jun est radicale : l’automobile électrique. Il y consacre 10 milliards de yuans — soit environ 1,4 milliard de dollars — et mobilise 3 400 ingénieurs. Trois ans plus tard, la SU7 roulait dans les rues de Pékin.
Dévoilée le 28 décembre 2023, la SU7 est officiellement commercialisée le 28 mars 2024 en Chine. En 27 minutes, 50 000 précommandes sont enregistrées. Ce chiffre dit tout. La berline se décline en trois configurations. L’entrée de gamme embarque un moteur synchrone à aimants permanents de 220 kW (299 ch) en propulsion. La version Max monte à deux moteurs pour 495 kW (673 ch) en transmission intégrale et abat le 0-100 km/h en 2,78 secondes. Quant à la SU7 Ultra, elle aligne trois moteurs totalisant 1 548 ch pour un 0-100 km/h en 1,98 seconde et une vitesse de pointe de 350 km/h. En 2024, le prototype de la SU7 Ultra a signé un tour du Nürburgring en 6 :46.874, améliorant significativement le précédent record de la catégorie, et la version de série a ensuite établi un temps autour de 7 minutes sur la Nordschleife, s’imposant comme référence parmi les voitures électriques de série. Quand Jim Farley, PDG de Ford, a conduit la SU7 pendant six mois après l’avoir fait rapatrier de Shanghai par avion, il l’a qualifiée de « fantastique » et comparée à une Porsche Taycan — une reconnaissance qui en dit long sur le chemin parcouru.
Après près de 130 000 livraisons en 2024 — bien au-delà de l’objectif initial de 60 000 —, Xiaomi Auto a livré plus de 400 000 véhicules en 2025 et atteint la rentabilité de son département automobile en moins de deux ans. Là où Tesla avait mis plusieurs années, le nouveau venu chinois y est parvenu à vitesse grand V.
Fort de ce succès, Xiaomi lance en 2025 son deuxième modèle : le YU7, un SUV cinq portes de près de 5 mètres de long partageant la même plateforme Modena que la SU7. Sa déclinaison la plus puissante développe 681 ch via un moteur synchrone à aimants permanents HyperEngine V6s Plus. L’autonomie annoncée atteint jusqu’à 835 km selon le cycle chinois CLTC. Les chiffres de précommandes donnent le vertige : près de 200 000 réservations en quelques minutes à l’ouverture des commandes, et plus de 280 000 en une heure. La production a démarré à l’usine pékinoise F2 à partir de juin 2025.
La fabrique de Xiaomi Auto se trouve dans le district de Yizhuang, au sud de Pékin. Construite en moins de deux ans — d’avril 2023 à juin 2024 —, elle s’étend sur 718 000 m² et produit un véhicule toutes les 76 secondes, grâce à un flux de production quasi continu et un taux d’automatisation de 91 %. Plus de 700 robots travaillent en atelier de carrosserie. Le joyau de l’installation : les presses baptisées Hypercasting, développées en interne, capables d’une force de 9 100 tonnes et qui réduisent jusqu’à 72 pièces métalliques distinctes en une seule partie de carrosserie — une technique directement inspirée du Gigacasting de Tesla, poussée encore plus loin. Face à la demande explosive du YU7, une deuxième usine dont la phase de vérification s’est achevée en avril 2025 est venue compléter le dispositif.
Ce qui distingue Xiaomi de la plupart des concurrents, c’est le degré de maîtrise interne de sa chaîne technologique. Les moteurs synchrones à aimants permanents de la famille HyperEngine — V6, V6s, V8s — sont conçus et fabriqués en propre. Le V8s tourne jusqu’à 27 200 tr/min pour 425 kW, un record mondial pour un moteur électrique de série au moment de sa présentation. La plateforme Modena, partagée entre la SU7 et le YU7, intègre une architecture 800 volts et une conception CTB (cell-to-body) où la batterie fait partie intégrante de la structure du véhicule. Les cellules de batterie, développées en partenariat avec CATL, sont montées à l’envers, et la conception de l’électrolyte est optimisée pour diriger un éventuel dégagement de chaleur vers le bas, loin des occupants. Enfin, le système d’exploitation HyperOS connecte le véhicule à l’écosystème domestique et personnel du conducteur dans le cadre d’une stratégie globale baptisée « Human × Car × Home » : votre téléphone, votre maison et votre voiture ne font plus qu’un.
L’arrivée officielle en Europe est envisagée à partir de 2027, avec un centre de R&D installé à Munich pour adapter les modèles aux normes locales. En attendant, vous pouvez d’ores et déjà explorer la brochure officielle de la Xiaomi SU7 sur Brochure Auto, et retrouver l’ensemble des publications disponibles pour la marque Xiaomi sur notre page dédiée.