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Vauxhall, l'énigme britannique : une Opel au griffon qui ne traverse jamais la Manche

30 septembre 2026 · 6 min de lecture
Vauxhall, l'énigme britannique : une Opel au griffon qui ne traverse jamais la Manche
La Vauxhall Lotus Carlton, super-berline culte des années 1990. © Calreyn88 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Quiconque a déjà traversé l'Angleterre en voiture connaît cette sensation étrange : les parkings regorgent d'autos qui ressemblent furieusement à des Opel, mais qui portent sur la calandre un petit griffon rouge et un nom inconnu de ce côté-ci de la Manche, Vauxhall. Chez nous, la marque n'existe tout simplement pas dans les concessions, alors qu'elle figure en bonne place dans bien des collections de brochures. Voilà un paradoxe qui mérite qu'on s'y attarde, car derrière ce logo se cache l'une des plus vieilles marques automobiles encore en activité, et l'une des plus déroutantes.

Une des plus anciennes marques britanniques

L'histoire commence en 1857, bien avant l'automobile, lorsqu'un ingénieur écossais du nom d'Alexander Wilson fonde à Vauxhall, un quartier du sud de Londres, une fabrique de pompes et de moteurs marins. La première voiture ne sort qu'en 1903, une modeste cinq chevaux à un cylindre que l'on dirigeait au moyen d'un simple levier, sans marche arrière. L'affaire bascule alors peu à peu vers l'automobile et prend le nom de Vauxhall Motors vers 1907.

Le fameux griffon qui orne encore les calandres n'a rien d'un gadget marketing : il provient du blason médiéval de Foulques de Bréauté, un seigneur dont le domaine londonien, « Fawkes Hall », a fini par donner son nom au quartier de Vauxhall, puis à la marque. Rares sont les constructeurs capables de faire remonter leur emblème au Moyen Âge. Avant-guerre, Vauxhall s'était d'ailleurs taillé une réputation de voitures sportives et raffinées, à mille lieues de l'image populaire qu'on lui connaîtra plus tard. Sa 30-98, produite à partir des années 1910, est aujourd'hui considérée comme l'une des toutes premières véritables voitures de sport de l'histoire de l'automobile.

L'ère General Motors

Le tournant décisif survient le 16 novembre 1925, quand le géant américain General Motors rachète une Vauxhall en difficulté pour deux millions et demi de dollars. L'Américain réoriente aussitôt la marque vers le grand public et la production de masse. Dès 1930, la Cadet devient la première voiture britannique équipée d'une boîte de vitesses synchronisée, une petite révolution pour l'époque. Après-guerre, Vauxhall se forge une identité un brin tape-à-l'œil avec les Victor et Cresta aux formes directement inspirées des paquebots de Detroit, séduisantes mais réputées pour rouiller à vue d'œil.

C'est pourtant à cette époque que la marque devient un nom familier dans chaque foyer britannique. La Viva, petite berline lancée en 1963, la Cavalier qui vient chasser sur les terres de la Ford Cortina, la Chevette, première trois portes à hayon du pays, puis l'Astra et la Nova dans les années 1980 : Vauxhall accompagne la motorisation populaire de tout un peuple. Pour des générations d'Anglais, apprendre à conduire ou acheter sa première voiture, c'était souvent une Vauxhall.

L'« opelisation », ou quand Vauxhall est devenue une Opel

Ici se noue le cœur de l'énigme. General Motors possédait déjà, sur le continent, une autre filiale florissante : l'allemande Opel. Entretenir deux bureaux d'études, deux gammes et deux réseaux pour vendre peu ou prou les mêmes voitures n'avait aucun sens économique. À partir du milieu des années 1970, le groupe décide donc de fondre progressivement les deux marques. Depuis 1980, les Vauxhall sont pour l'essentiel des Opel à l'identique, conçues à Rüsselsheim en Allemagne, puis simplement rebadgées d'un griffon pour le marché anglais.

Restait à trancher une question : quelle marque garder, et où ? La réponse fut pragmatique. Sur le continent, Opel vendait beaucoup plus que Vauxhall, le choix était vite fait. Mais au Royaume-Uni, le nom Vauxhall jouissait d'un attachement historique trop fort pour être sacrifié, d'autant que les Britanniques roulent à gauche, volant à droite, ce qui imposait de toute façon une production spécifique. General Motors a donc retiré Vauxhall des marchés continentaux, et même de l'Irlande voisine où Opel prit le relais, au début des années 1980, pour ne la conserver que sur son île d'origine. Depuis, une Opel Astra et une Vauxhall Astra sont strictement la même voiture, à ceci près que l'une traverse la Manche et pas l'autre.

Ce petit jeu de badges a de quoi dérouter, et il explique qu'une même voiture ait pu porter deux noms de part et d'autre d'une frontière : la Vauxhall Nova des années 1980 n'était ainsi rien d'autre que l'Opel Corsa du reste de l'Europe. Pour l'amateur de documentation automobile, la marque devient de ce fait une véritable mine, puisque ses catalogues racontent, en anglais et comme en miroir, toute la gamme Opel sous une autre identité.

Pas que des clones : quelques coups d'éclat

Réduire Vauxhall à une simple photocopie d'Opel serait pourtant injuste, car la marque a connu de vrais moments de gloire. Le plus retentissant reste la Lotus Carlton de 1990, une grande berline d'apparence sage que le préparateur Lotus avait transformée en bombe : 377 chevaux, 283 km/h en pointe, de quoi en faire l'une des berlines les plus rapides du monde à son époque. Sa vitesse fit un tel scandale qu'elle alimenta des débats jusqu'au Parlement britannique, certains réclamant purement et simplement son interdiction. La presse à sensation s'en mêla, redoutant d'en voir la voiture rêvée des braqueurs en fuite, puisque aucune auto de police de l'époque n'était en mesure de la rattraper.

Par la suite, la marque a cultivé cette fibre sportive avec ses versions VXR, équivalents britanniques des Opel OPC, et s'est même offert un coupé musclé importé d'Australie, le Monaro, hérité de la filiale Holden. Autant de pieds de nez à l'image sage que l'on prête d'ordinaire à une voiture d'entrée de gamme, et autant de preuves que, même rebadgée, une Vauxhall savait parfois avoir du caractère.

Aujourd'hui : une marque anglaise dans Stellantis

Le destin de Vauxhall a connu un nouveau rebondissement en 2017, lorsque General Motors a cédé ses activités européennes, Opel comprise, au français PSA pour 2,2 milliards d'euros. Quatre ans plus tard, en 2021, la fusion de PSA et de Fiat Chrysler donnait naissance à Stellantis, nouveau propriétaire du griffon. Les Vauxhall d'aujourd'hui, Corsa, Astra, Mokka, Grandland ou Frontera, ne sont donc plus des Opel allemandes mais des Stellantis partagées, souvent de conception française, et toujours badgées Vauxhall pour le seul Royaume-Uni.

La marque vit toutefois une période charnière. Son usine historique de Luton, ouverte en 1905, a fermé ses portes en 2025. Elle n'assemblait toutefois plus de voitures particulières depuis 2002 et s'était spécialisée dans les fourgons, car on l'oublie souvent sur le continent, mais Vauxhall est aussi un poids lourd du véhicule utilitaire outre-Manche, avec ses Vivaro et ses Combo. C'est désormais le site d'Ellesmere Port qui prend le relais, reconverti dans les utilitaires compacts électriques. Comme tout le groupe, Vauxhall bascule vers l'électrique, mais son modèle reste immuable : vendre, sur une seule île, des voitures que le reste de l'Europe connaît sous un autre nom.

Reste la vraie question : pourquoi s'entêter à maintenir un badge qui ne recouvre, mécaniquement, aucune voiture qui lui soit propre ? La réponse tient sans doute à ce que l'automobile a de moins rationnel. Pour un Britannique, ce petit griffon rouge évoque la voiture du père ou la première auto de la famille, un morceau d'histoire industrielle nationale vieux de plus d'un siècle et demi. Tant que ce lien affectif tiendra, la marque continuera de vivre sa drôle d'existence : très vieille, très anglaise, et pourtant jamais tout à fait elle-même.

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Sources
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Vauxhall_Motors
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Opel
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