Histoire

Autobianchi : le petit laboratoire où Fiat testait ses idées les plus folles

14 septembre 2026 · 4 min de lecture
Autobianchi : le petit laboratoire où Fiat testait ses idées les plus folles
© Corvettec6r / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Les grands groupes ont souvent une marque de l'ombre, celle qui essuie les plâtres. Chez Fiat, ce rôle est revenu pendant près de quarante ans à une petite maison milanaise dont le nom ne dit plus grand-chose au grand public : Autobianchi. Derrière ce blason discret se cache pourtant une des idées techniques les plus importantes de l'automobile moderne — et une méthode de travail qui en dit long sur la prudence des géants.

Un pacte entre trois noms

Autobianchi naît le 11 janvier 1955, de l'union de trois acteurs italiens : le vénérable constructeur Bianchi — l'une des plus anciennes maisons italiennes, fondée en 1885 et passée maître dans le vélo puis la moto avant l'automobile —, qui apporte son nom et son usine de Desio ; Fiat, qui apporte l'argent et l'ingénierie ; et Pirelli, qui apporte les pneumatiques. Officiellement, une marque à part. Officieusement, un laboratoire grandeur nature. Fiat, prudent, ne voulait pas risquer son image sur des concepts audacieux : il les confierait d'abord à Autobianchi, histoire de mesurer la réaction du public avant de généraliser.

Le premier essai est un coup de maître commercial. La Bianchina, lancée en 1957, n'est qu'une Fiat 500 rhabillée avec goût — mais quel rhabillage. Chromes, deux tons, toit découvrable : elle prouve qu'on peut vendre du charme et une pointe de standing sur une toute petite base mécanique. Trois cent vingt mille clients se laisseront séduire jusqu'en 1969.

La Primula, la révolution qu'on n'a pas vue venir

C'est en 1964 que le laboratoire justifie pleinement son existence. L'Autobianchi Primula étrenne une architecture qui paraît aujourd'hui d'une banalité totale, et c'est bien là son génie : moteur placé en travers, boîte de vitesses accolée, roues avant motrices, le tout sous une carrosserie compacte à hayon. Ajoutez quatre freins à disque, rareté absolue dans cette catégorie. Cette disposition « tout à l'avant » libère l'habitacle et le coffre, et deviendra le schéma universel de la petite et moyenne voiture.

Fiat observait. La Primula servait de sujet d'expérience : si le public l'acceptait, le géant pourrait décliner la recette sur ses propres modèles. Ce fut le cas dès la Fiat 128, puis sur des centaines de millions de voitures à travers le monde. La quasi-totalité des citadines et compactes que nous conduisons aujourd'hui descendent, techniquement, de cette petite italienne méconnue.

L'A112, l'icône qui a tout raflé

Le laboratoire savait aussi créer des vedettes. En 1969 arrive l'A112, une puce de trois mètres et demi qui définit le concept de « supermini » avant l'heure. Pratique, maligne, attachante, elle sera produite à 1,3 million d'exemplaires et restera au catalogue jusqu'en 1986. Sa déclinaison A112 Abarth, préparée par le sorcier Carlo Abarth — ce fut d'ailleurs son dernier grand travail —, devint une véritable école de pilotage : des générations de rallymen italiens ont fait leurs premières armes au volant de cette bombinette, légère, vive et joueuse. Rares sont les petites voitures à avoir laissé une trace aussi affective dans le cœur des passionnés.

La dernière page s'écrit en 1985 avec la Y10, ce mini-haut-de-gamme reconnaissable à son hayon peint en noir quelle que soit la couleur de la carrosserie. Élégante, bien finie, dotée du petit moteur FIRE, elle est vendue sous blason Autobianchi en Italie et en France… avant de basculer sous étiquette Lancia sur les autres marchés. Le glissement était annonciateur.

La fin discrète d'un cobaye

Car le laboratoire n'avait qu'un temps. Absorbée par Fiat dès 1968, placée sous la tutelle de Lancia en 1969, la marque perd peu à peu son autonomie. Quand le groupe n'a plus besoin d'un cobaye pour tester ses audaces, il n'y a plus de raison de faire vivre un nom de plus : la production cesse en 1992, et l'usine de Desio ferme ses portes. Autobianchi s'éteint sans tapage, presque sans qu'on s'en aperçoive.

C'est peut-être le plus bel hommage qu'on puisse lui rendre. Ses idées ont si bien triomphé qu'elles sont devenues la norme, et que la marque qui les a portées a fini par se fondre dans le décor. La prochaine fois que vous ouvrirez le hayon d'une citadine à traction avant, ayez une pensée pour la petite milanaise : c'est un peu son brevet que vous refermez.

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Sources
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Autobianchi
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Autobianchi
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